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RGO du nourrisson : entre idées reçues et réalité clinique, ce qu’il faut vraiment savoir

Votre bébé se cambre, pleure une grande partie de la journée, régurgite, est souvent encombré et vous craignez qu’il ait un reflux gastro-œsophagien ? Entre idées reçues, informations contradictoires et médication, vous ne savez plus où donner de la tête. Et pour cause, le RGO du nourrisson est devenu un véritable marché à part entière pendant que le pédiatre, lui, est relégué à tort au second plan. Avec Ma Petite Assiette, nous allons décortiquer pas à pas chaque aspect du RGO du nourrisson, explorer une partie des causes réelles et vous donner les premières pistes d’accompagnement pour votre tout petit.
1. Reposons les bases définitionnelles du RGO du nourrisson
Près d’un nourrisson sur quatre présente un reflux gastro-œsophagien au cours de ses premiers mois de vie. C’est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie et pourtant sa définition réelle est souvent mal comprise des familles. RGO physiologique, pathologique, interne, extériorisé, silencieux, tous ces termes méritent un cadrage clair de ce qu’est réellement le RGO pour en comprendre les nuances.
Pour commencer, le reflux gastro-œsophagien (RGO) est défini comme le passage du contenu gastrique dans l’œsophage.
Mais…le RGO n’est pas toujours synonyme de régurgitation
C’est le premier point de clarification essentiel. Le RGO est un phénomène interne : le contenu gastrique remonte dans l’œsophage, qu’il soit ensuite extériorisé ou non. En effet, un nourrisson peut présenter un RGO sans jamais régurgiter et dans ce cas nous parlerons plutôt d’un RGO non extériorisé ou silencieux.
À l’inverse, un nourrisson qui régurgite abondamment ne présente pas nécessairement un RGO au sens pathologique du terme. Dans ce cas les régurgitations du nourrisson seront fréquentes, bénignes et dans la majorité des cas liées à l’immaturité digestive. Ces manifestations constituent un phénomène distinct, bien qu’elles puissent coexister avec un RGO pathologique.
RGO physiologique et RGO pathologique : une distinction à préciser
La terminologie courante distingue RGO physiologique et RGO pathologique. Cette distinction est utile mais elle mérite d’être précisée pour éviter toute confusion clinique.
Ce que l’on appelle RGO physiologique recouvre en réalité deux situations différentes : d’une part les régurgitations bénignes du nourrisson, liées à l’immaturité du sphincter inférieur de l’œsophage et d’autre part de véritables épisodes de reflux qui restent asymptomatiques ou peu symptomatiques, sans retentissement sur la croissance ni sur la qualité de vie. Dans les deux cas, l’évolution est spontanément favorable avec des mesures hygiéno-diététiques simples dans la très grande majorité des situations.
Le RGO pathologique quant à lui, se caractérise par un retentissement clinique documenté :
- Altération de la courbe de croissance
- Manifestations respiratoires et ORL récurrentes
- Douleurs significatives
- Refus alimentaire persistant
- Complications possibles dont l’œsophagite peptique est la principale
Ce tableau nécessite une évaluation uniquement réalisée par le médecin ou pédiatre de votre enfant qui posera son diagnostic, vous donnera les premiers axes de prise en charge et prescrira si nécessaire des examens complémentaires. Dans la grande majorité des cas, une prise en charge pluridisciplinaire est fortement recommandée car les causes du RGO sont multiples et nécessitent une expertise particulière.
2. Causes du RGO pathologique : un tableau multifactoriel
Lorsque le RGO dépasse le cadre fonctionnel et devient pathologique, une analyse étiologique rigoureuse s’impose. Les causes sont multiples, souvent intriquées, et leur identification conditionne directement la stratégie de prise en charge. Nous allons ici explorer les causes principales du RGO du nourrisson bien que d’autres, plus rares existent également.
Immaturité digestive et prématurité
L’immaturité digestive est la raison principale des remontées gastriques chez le tout petit. Elle se caractérise essentiellement par une immaturité du sphincter œsophagien inferieur et une vidange gastrique ralentie. L’alimentation exclusivement liquide et la position allongée du bébé participe à une immaturité marquée par des régurgitations fréquentes les premiers mois de vie.
Cette immaturité est nettement plus marquée chez le nourrisson prématuré, chez qui le RGO est significativement plus fréquent et souvent plus sévère. La prématurité induit une immaturité conjointe du sphincter œsophagien inférieur, du contrôle neurologique de la déglutition et de la motricité œsogastrique, ce qui explique la persistance et la complexité du RGO dans cette population spécifique, qui nécessite un accompagnement adapté et une coordination étroite avec l’équipe médicale et paramédicale.
Facteurs alimentaires : hyperlactation et suralimentation
Parmi les causes fonctionnelles modifiables, les facteurs alimentaires occupent une place importante. L’hyperlactation maternelle, souvent caractérisée par un réflexe d’éjection fort (REF), génère un afflux lacté important à chaque tétée. Cette problématique courante entraîne une distension gastrique rapide et favorise la déglutition d’air et les épisodes de reflux. L’hyperlactation est très généralement bien encadrée et passagère si elle est supervisée par une consultante en lactation IBCLC.
La suralimentation quant à elle est liée à une mauvaise lecture des signaux de satiété, à des volumes de biberon inadaptés à la capacité gastrique du nourrisson, ou à un raisonnement erroné sur les quantités journalières et le temps d’espacement entre deux biberons/tétées. La suralimentation est la principale cause du RGO physiologique et pathologique et nécessite une évaluation des apports par un(e) diététicien(ne) pédiatrique qui vous guidera ensuite sur le plan alimentaire personnalisé et adapté à votre bébé.
L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV)
L’APLV est une cause significative du RGO pathologique chez le nourrisson mais elle ne concerne pas la totalité ni la majorité des enfants présentant un reflux. Elle se présente par deux mécanismes immunologiques (réactions IgE-médiées et non IgE-médiées) et par des manifestations cliniques typiques combinées au tableau du RGO.
Les signes évocateurs d’une APLV associée aux symptômes que l’on connait du RGO incluent :
- Des manifestations cutanées : eczéma, urticaire, rougeurs
- Digestives : diarrhées, constipation et parfois sang dans les selles
- Plus rarement respiratoires
La présence d’un ou plusieurs de ces symptômes fera l’objet d’une analyse médicale approfondie. Un allergologue pédiatrique sera éventuellement sollicité par le pédiatre de l’enfant et un régime d’éviction pourra être également supervisé par un(e) diététicien(ne) pédiatrique et/ou une consultante en lactation IBCLC pour les femmes allaitantes.
Troubles de la succion et freins restrictifs
Parmi les causes fonctionnelles du RGO, les troubles de la succion méritent une attention particulière. Un frein de langue ou de lèvre restrictif, une succion peu efficace ou une mauvaise coordination succion déglutition respiration peuvent entraîner une déglutition excessive d’air à chaque prise, majorant la distension gastrique et favorisant le reflux. Les causes des troubles de la succion peuvent être multiples allant des freins restrictifs buccaux aux troubles neurologiques et méritent une évaluation fonctionnelle par des professionnels formés (orthophonistes, ORL, sage-femmes, pédiatres, consultantes en lactation…).
Tensions et dysfonctions posturales néonatales
Sujet encore débattu dans la littérature scientifique, l’approche ostéopathique est néanmoins plébiscitée par les familles et régulièrement rapportée comme efficace en pratique clinique. En effet, les tensions cervicales, crâniennes et diaphragmatiques sont une piste à explorer par des professionnels formés notamment des ostéopathes et chiropracteurs spécialisés en pédiatrie et coordonnés avec le médecin ou pédiatre référent. Ils prendront connaissance de la vie intra utérine du bébé, de ses positionnements et symptômes journaliers et évalueront les différentes tensions à travailler.
3. Comment traiter et prendre en charge le RGO du nourrisson ?
La prise en charge du RGO du nourrisson est graduée, individualisée, et repose sur une évaluation clinique rigoureuse préalable à toute décision thérapeutique. Les recommandations internationales (ESPGHAN, NASPGHAN) et nationales (HAS) convergent sur plusieurs points essentiels.
Les conseils hygiéno-diététiques et les mesures non médicamenteuses
L’accompagnement nutritionnel et postural sont essentiels à la prise en charge des bébés RGO. Ils reposent essentiellement sur :
- Un accompagnement de l’allaitement pour la femme allaitante
- Le fractionnement des repas et un espacement moins long entre les prises
- Une verticalisation du bébé après le biberon pour faciliter sa digestion
- Des conseils en sommeil adapté, le stress et le manque de sommeil majorant les symptômes du RGO
Rappel important : le plan de couchage incliné n’est pas recommandé. Inefficace sur le RGO et potentiellement dangereux selon les recommandations HAS. Le nourrisson doit donc dormir sur le dos et sur un plan de couchage plat.
Ces recommandations restent néanmoins générales et sont à adapter en fonction de l’identification du ou des causes du RGO.
Laits épaissis ou AR : fausse bonne idée ?
Un changement de lait pour se diriger vers des laits infantiles épaissis, AR ou épaissir le lait maternel est envisagé par certains professionnels. Certains bébés seront soulagés notamment sur les régurgitations simples sans douleurs particulières mais ces laits restent néanmoins peu efficaces sur le RGO pathologique selon les études récentes. Il est important de signaler que les épaississants utilisés peuvent provoquer des symptômes digestifs défavorables et notamment de la constipation et donc du reflux par effet de pression abdominale.
La prise en charge médicamenteuse : pointée du doigt par l’HAS
Les traitements médicamenteux relèvent exclusivement de la prescription médicale. Le médecin pourra alors prescrire du Gaviscon nourrisson, du gel de polysilane ou pour les formes les plus sévères des inhibiteurs de la pompe à proton (Inexium, Mopral, Oméprazole…).
Concernant les IPP, le plus prescrit étant l’Inexium, l’HAS rappelle que ces traitements relèvent d’une prescription hors AMM (autorisation de mise sur le marché) avant l’âge de 1 an et ne sont indiqués qu’en cas d’œsophagite diagnostiquée par endoscopie ou en cas de RGO attesté par pH-métrie. Leurs effets secondaires ne sont pas négligeables sur le long terme et les études récentes rapportent aucune différence sur la diminution des pleurs et l’irritabilité des nourrissons entre un traitement par IPP ou un placebo.
Se former pour mieux accompagner
C’est à partir de ce constat, et de plusieurs années d’accompagnement de nourrissons et de familles en cabinet, que j’ai conçu une formation professionnelle complète dédiée au RGO du nourrisson, disponible sur Ma Petite Assiette.
En une journée, les participants approfondissent l’ensemble des dimensions abordées dans cet article : physiopathologie actualisée, approche étiologique structurée, conduite de l’anamnèse, stratégies d’accompagnement adaptées à chaque champ de compétences, lecture critique des données sur les traitements médicamenteux, et coordination interprofessionnelle.
La formation est ouverte aux diététicien(nes), sages-femmes, puériculteur(rices), consultantes en lactation IBCLC, ostéopathes, psychomotricien(nes), médecins et professionnels de la petite enfance.
Le RGO du nourrisson ne se résume pas uniquement à ce qu’on peut lire. Derrière chaque bébé qui pleure et chaque parent épuisé, il y a une réalité clinique qui demande rigueur, méthode et coordination. Si vous accompagnez des nourrissons dans votre pratique, cette formation est faite pour vous.
Questions fréquentes
Un nourrisson qui ne régurgite pas peut-il avoir un RGO ?
Oui. Le RGO se définit par le passage du contenu gastrique dans l’œsophage, qu’il soit extériorisé ou non. Le RGO non extériorisé peut générer des symptômes (pleurs, agitation, troubles du sommeil, refus alimentaire) sans régurgitation visible. Son identification nécessite une anamnèse rigoureuse.
Comment distinguer régurgitations bénignes et RGO pathologique ?
Les régurgitations bénignes du nourrisson sont fréquentes, indolores, et sans retentissement sur la croissance. Le RGO pathologique se caractérise par un impact clinique documenté : cassure de courbe, signes de douleur, manifestations respiratoires ou refus alimentaire persistant.
L’APLV concerne-t-elle tous les nourrissons avec un RGO ?
Non. L’APLV est une cause significative mais non systématique de RGO pathologique. Elle nécessite un bilan médical spécifique pour être diagnostiquée. Un tableau de RGO sans signe évocateur d’APLV ne justifie pas un changement de lait vers un hydrolysat en l’absence d’évaluation médicale.
Le RGO du nourrisson guérit-il spontanément ?
Dans la grande majorité des cas, oui. Le RGO fonctionnel se résout spontanément, le plus souvent avant 12 à 18 mois. Cependant, lorsqu’un RGO pathologique est suspecté ou confirmé, une orientation médicale rapide s’impose. La prise en charge vise à la fois à soulager le nourrisson dans les meilleurs délais et à prévenir les complications liées à un reflux non contrôlé.
Laetitia Gallois
Diététicienne-nutritionniste pédiatrique et formatrice – Ma Petite Assiette.
Sources : ESPGHAN/NASPGHAN Guidelines (2018) ; Singendonk et al., Prevalence of Gastroesophageal Reflux Disease Symptoms in Infants and Children (2019) ; Recommandations HAS ; Vandenplas et al. (2015).
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