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Le sucre et l’enfant… Une relation passionnée à savoir contrôler. Par le Dr Laurence Plumey

Chers parents,

L’enfant naît avec le plaisir du goût sucré en bouche ; il n’est qu’à voir ses mimiques de bonheur lorsqu’on lui dépose quelques gouttes d’eau sucrée sur la langue. Instinctivement il apprécie cette saveur car elle signifie, pour son corps, apport de sucre et donc d’énergie. En effet, le sucre (saccharose), le glucose, le fructose sont des sucres qui sont recherchés par toutes les cellules du corps humain pour libérer leur énergie et assurer ainsi la vie cellulaire. Et disons le, d’ores et déjà, toute sa vie l’être humain aimera le goût sucré.

Pourtant point trop n’en faut. Le sucre ajouté doit être consommé en quantités contrôlées pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il existe d’autres sources de sucres : le glucose et le fructose des fruits, le lactose du lait, le glucose venant de la digestion de l’amidon du pain et des féculents. … Ensuite, le sucre ajouté (issu de la betterave et de la canne à sucre, principalement) peut être facilement consommé en trop grandes quantités car il est souvent caché et non mesurable par le consommateur. Ainsi, qui sait que dans un pot de yaourt aux fruits, il a 2 morceaux de sucre – dans un pot de compote de 100g, 1 voire 2 morceaux de sucre … en somme, l’addition peut très vite grimper.

Les inconvénients pour l’enfant ? La prise de poids s’il est sédentaire et l’apparition des caries. Sans compter que tout enfant habitué à manger sucré deviendra un adulte probablement « addict » au sucre … Donc, tout commence durant l’enfance. Autant prendre les bonnes habitudes dès le début.

Quelques repères utiles :

  • Un enfant n’a pas besoin de sucre ajouté ; il a tout ce qu’il faut pour son énergie quotidienne via le lait (le lactose du lait maternel, du lait infantile), les sucres des fruits (compotes sans sucre ajouté, fruits frais tendres), les féculents et les farines céréalières.
  • Néanmoins, le goût sucré est un plaisir dont on ne le privera pas mais dont on usera avec parcimonie pour ne pas l’en rendre dépendant. C’est ainsi que, selon l’âge, on recommandera de ne pas dépasser les quantités de sucre suivantes :

Quantités maximales de sucre ajouté autorisées par jour selon l’âge

Age Quantité de sucre ajouté/morceau de sucre/jour
De 6 mois à 1 an 5 à 10g / 1 à 2 morceaux de sucre
De 1 à 2 ans 10 à 15g / 2 à 3 morceaux de sucre
De 3 à 5 ans 15 à 20g / 3 à 4 morceaux de sucre
De 6 à 8 ans 20 à 30g / 4 à 6 morceaux de sucre
De 8 à 12 ans 30 à 35g / 6 à 7 morceaux de sucre
Au delà et chez l’adulte 35g / 7 morceaux de sucre

Données inspirées des recommandations des Apports Nutritionnels Conseillés

Un quota vite atteint, voire dépassé …

Le sucre est omniprésent dans beaucoup de produits et il n’est pas facile d’en évaluer la quantité car les étiquettes sont peu compréhensibles. Faisons néanmoins un tour très rapide des principaux produits de consommation courante proposés à un jeune enfant :

Laitages sucrés

Qu’ils soient au fruits ou aromatisés, ils sont souvent trop sucrés pour un enfant. En effet, un petit pot 50g de fromage blanc aromatisé peut contenir ½ à 1 morceau de sucre – et le double pour un pot de 100g. Il en est de même pour les yaourts aux fruits. L’idéal est donc de les choisir Nature. L’enfant les aimera tout autant s’il n’a pas encore été habitué à les déguster sucrés.

Compotes

Un pot ou une petite gourde de compote peut contenir de 1 à 2 morceaux de sucre. Habituez votre enfant à savourer la bonne compote maison cuite sans sucre (avec une gousse de vanille, c’est délicieux) ou la compote industrielle sans sucres ajoutés.

Biscuits

Les biscuits de consommation courante ne sont pas pensés pour des jeunes enfants ; ils sont gras et/ou trop sucrés. En revanche, les biscuits destinés à l’alimentation infantile (de 0 à 3 ans) sont très peu sucrés. Ils sont tenus de respecter la réglementation des produits destinés à l’alimentation infantile. On peut aussi donner à son enfant des biscuits très fondants en bouche (classiquement les boudoirs) et vérifier leur faible apport de sucre (entre 1 et 3g de sucre par biscuit). Un à deux biscuits par jour pour un enfant de 1 an à 2 ans suffisent largement.

Gâteaux et viennoiseries

En moyenne une part de gâteau ou une viennoiserie de type pain au chocolat contient au minimum 2 morceaux de sucre par portion. C’est évidemment trop pour un jeune enfant. Un enfant de 1 à 3 ans peut en manger de façon très occasionnelle mais pas quotidiennement au goûter. Donc, à moins de trouver des viennoiseries de qualité et peu sucrées, pourquoi pas, mais un peu de pain frais et 1 ou 2 petits carrés de chocolat iront très bien aussi.

Céréales de petit déjeuner

Tout est question de dose. A partir de l’âge de 3 ans, un enfant peut prendre des céréales de petit déjeuner en ne dépassant toutefois pas la dose de 30g. A cette dose, il n’aura pas plus de 2 morceaux de sucre dans son bol. Petit conseil : mettez d’abord le lait, puis complétez par une belle poignée de céréales ; précisons que le lait est à boire et ne pas servir de « mouillant ». Ne pas servir de produit sucré à ce même repas, car il y a déjà assez de sucre avec cette dose de céréales.

Confiture et miel

Ils sont tous les deux aussi sucrés, à raison de 70 à 80% de sucres. Ils peuvent agrémenter un yaourt ou un fromage blanc nature, mais ne dépassez pas la petite cuillère à café ; elle contient déjà l’équivalent d’un morceau de sucre.

Bonbons

Il ne faut pas les supprimer mais ils ne doivent pas devenir une habitude ou un enjeu affectif. Dès le début de la relation avec votre enfant, il faudra réfléchir au comportement à adopter face à cette tentation spontanée de vouloir donner un bonbon ou un biscuit à son enfant pour calmer « un gros chagrin », ceci afin que votre attitude reste cohérente quand il sera plus grand. Question sucre, un gros bonbon contient en moyenne un morceau de sucre. Donc, à donner occasionnellement dans la semaine, à raison d’un ou deux bonbons dans la journée, à partir de l’âge de 2 – 3 ans (attention aux risque de fausse route).

Chocolat

Le moins sucré est le chocolat noir mais, comme par hasard, le chocolat au lait ou blanc est celui qui est préféré des enfants. Pas étonnant, il est plus sucré en goût. Compter en moyenne un morceau de sucre pour 2 carrés de chocolat au lait. Un petit conseil : habituez le à savourer un peu de chocolat noir de qualité (70% de cacao est un bon compromis). Sachez aussi que les poudres chocolatées sont très sucrées ; en moyenne, elles contiennent 70% de sucre et seulement 30% de cacao ; en somme, une cuillère à soupe de chocolat en poudre contient l’équivalent de 2 morceaux de sucre. Si l’enfant prend un chocolat chaud, ne mettez pas de confiture sur son pain ; il a déjà assez de sucre dans son lait chocolaté.

Boissons

De l’eau, de l’eau, de l’eau. L’enfant aime l’eau. C’est en ajoutant du sirop dans ses biberons ou en lui servant des boissons sucrées à table qu’il y prend goût et aura beaucoup de mal par la suite à se contenter de boire de l’eau. Ce n’est donc pas un service à lui rendre. Or, un verre de soda ou de boissons sucrées aux arômes de fruits apporte 4 morceaux de sucre ! Un verre d’eau aromatisée sucrée (parfum fraise, framboise …) apporte 2 morceaux de sucre ! Pas question non plus de mettre du sirop dans le biberon d’eau. Donc, de l’eau, de l’eau, de l’eau qu’il s’agisse de l’eau du robinet, de source ou minérale peu minéralisée.

 

En conclusion, modérez l’usage des produits sucrés mais ne les interdisez car chacun sait combien l’interdit est désirable. Tout est question de dose et de bon sens. N’habituez pas votre enfant à l’omniprésence du goût sucré dans ce qu’il mange et ce qu’il boit car il en deviendra dépendant par la suite. Un bon conseil : privilégiez les produits Nature et fixez un maximum d’un à deux produits sucrés par jour (par exemple un peu de confiture sur le pain le matin – et un ou deux biscuits au goûter).

 

Dr Laurence PLUMEY

Médecin Nutritionniste. Hôpitaux de Paris IDF

Professeur de Nutrition

Auteur de nombreux ouvrages grand public

 

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